Décryptage

Papier ou digital : le communicant à la croisée des chemins 

Boy Standing at Crossroad in Path

La pandémie, ainsi qu’une prise de conscience récente des impacts environnementaux du numérique s’accompagnent d’un certain retour en grâce du papier, longtemps boudé par les communicants. Jusqu’à remettre en question la suprématie du numérique ? 

Comme le souligne Laurie Marrauld, copilote du rapport du Shift Project sur la sobriété numérique, le mythe d’un numérique dématérialisé et neutre pour l’environnement a fait long feu. Derrière des termes aux connotations parfois abstraites, comme le cloud, se cachent des installations physiques voraces en énergie et polluantes. Selon la dernière “Evaluation de l’impact environnemental du numérique” de l’ADEME, l’empreinte environnementale du numérique en France représente 2,5 % des émissions de GES nationales (plus que le secteur aérien !).

Une situation qui confronte le communicant aux questions suivantes : quels supports privilégier pour valoriser ces contenus, entre le papier et le digital ? Quelle est la solution la plus « efficace » d’un point de vue environnemental ?

Une chose est sûre, le papier, longtemps victime d’une forme de mauvaise presse, n’a pas dit son dernier mot.

Le papier plus performant d’un point de vue environnemental ?

Dès les années 2000, la filière européenne du papier, sous le feu des critiques, entame sa mûe environnementale. La réglementation se renforce –  et l’industrie se responsabilise, en témoignent la création du label PEFC en 1999 et l’adoption du Règlement sur le Bois de l’Union Européenne (RBUE) en 2013.

En 2020, La Poste mandate le cabinet indépendant Quantis afin de réaliser une Analyse de Cycle de Vie (ACV) comparant l’impact environnemental des supports papier et de leur équivalent numérique. Cette étude, qui se base sur les 16 indicateurs environnementaux de la méthode Product Environmental Footprint de la Commission Européenne (impact sur les écosystèmes, les ressources, la santé humaine et l’eau), bouscule les idées reçues. Pour 4 scénarios sur 5, le papier surclasse le numérique en termes de performance environnementale.

De quoi nous convaincre ? Pas totalement… Seule la synthèse de l’étude a été mise en ligne, et le détail de la méthodologie n’a pas été divulguée. Du reste, les indicateurs environnementaux ne se valent pas forcément : pour le dire plus clairement, le papier peut être plus performant sur 15 indicateurs sur 16, et particulièrement délétère sur un indicateur ! Ce qui contribuerait à fausser notre appréhension de son impact réel.

Une troisième voie : la sobriété et l’efficacité… pour les deux supports !

Plutôt que d’opposer le papier et le digital, et de chercher à déterminer LE support le plus efficace d’un point de vue environnemental, la voie juste consiste sans doute, dans la mise en place de nouveaux usages. En allant vers toujours plus de sobriété et d’efficacité, et ce, quel que soit le support.

Un impératif que certains imprimeurs responsables ont bien intégré. Le credo, pour ces industriels nouvelle manière : consommer moins, mais consommer mieux.

Au-delà de la question du volume et du ciblage, il existe de nombreuses façons de limiter l’empreinte environnementale des supports print : éviter les aplats de couleurs, privilégier la quadrichromie, utiliser en priorité des encres naturelles… Et orienter le client sur du papier recyclé et/ou PEFC. Pour plus d’informations sur le print responsable, on pourra se reporter à (l’excellent) site communication-responsable.aacc.fr, développé par l’Association des Agences-Conseils en Communication (AACC).

Au niveau de la sobriété numérique, la recherche s’est également accéléré ces dernières années, et les outils de contrôle se sont multipliés. L’objectif, pour les communicants, est le suivant : passer “d’un numérique compulsif à un numérique conscient, réfléchi”, comme le souligne le rapport du Shift Project “Déployer la sobriété numérique”. Quelques bonnes pratiques à mettre en place (liste non exhaustive) : éviter l’autoplay, optimiser ses campagnes de diffusion (mailing, newsletter), favoriser un design responsive et léger (en utilisant notamment des outils comme Ecoindex pour mesurer la performance environnementale d’un site web), privilégier l’utilisation des technologies open-source etc.

Si les producteurs de contenus ont un rôle à jouer, les consommateurs doivent également repenser leurs comportements de consommation et aller vers une “sobriété des usages”. Regarder la dernière saison de Stranger Things en 3G sur un Paris/Bordeaux en train, s’abonner à une dizaine de newsletters, pour n’en lire que 2 ou 3… Est-ce bien raisonnable ?